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Les SES au Grand Air

Un blog de ressources pour les sciences économiques et sociales

Les dangers de la déflation

En annonçant au mois d’Avril dernier que le taux d’inflation en France avait diminué de 0,2% sur un an, l’INSEE est venu rappeler que le pays se trouve actuellement dans une situation de « lowflation » (à savoir un taux d’inflation durablement proche de 0%) qui pourrait se transformer, si elle perdurait, en véritable déflation. Or, comme le rappelle un article de l’hebdomadaire britannique The Economist paru en Octobre 2014, la déflation peut, sous certaines conditions, constituer un danger pour une économie.

Il faut commencer par rappeler, nous dit l’article, qu’un raisonnement intuitif conduit d’abord à considérer la baisse des prix comme une bonne nouvelle. Il existe en effet une « bonne déflation » (« good deflation ») qui peut permettre aux organisations productives, en diminuant le coût des consommations intermédiaires, de produire la même quantité de biens à un coût réduit. Dès lors, si la demande anticipée est suffisante, elles vont pouvoir répercuter cette baisse des coûts sur leur prix en étant assurée de pouvoir écouler leur production. De leur côté, les demandeurs vont bénéficier d’un « effet de richesse » puisque leur salaire réel va augmenter du fait de cette baisse du prix des biens et services. Dans ces conditions, cette baisse des prix peut donc être à l’origine d’un cercle vertueux bénéficiant à la fois aux consommateurs et aux producteurs.

Néanmoins, la déflation peut également être « mauvaise » (bad deflation) si elle intervient dans un contexte économique dégradé où les capacités de production sont supérieures à la demande. Dans cette situation, les organisations productives ne décident pas de baisser leur prix car leurs coûts ont diminué mais elles y sont contraintes par la faiblesse de la demande. Dès lors, c’est à un cercle vicieux que peut être confrontée l’économie : en baissant leurs prix, les organisations productives rognent sur leur marge, et elles peuvent être tentées d’y remédier en diminuant leur coût salarial. Ce faisant, elles affaiblissent encore davantage les revenus et contribuent à affaiblir la demande, ce qui risque de les conduire à devoir baisser encore davantage leurs prix… En synthèse, en période de « good deflation », c’est la baisse des coûts de production qui engendrent une baisse des prix alors qu’en période de « bad deflation » la baisse des prix précède celle des coûts.

Or, cette dernière configuration est d’autant plus pernicieuse qu’elle aggrave le coût de la dette de l’ensemble des acteurs économiques en réduisant leurs recettes sans que les sommes devant être remboursées ne diminuent. Ainsi, un ménage devant rembourser tous les mois une somme d’argent fixé à l’avance et qui voit son salaire réel diminuer du fait du mécanisme de déflation se retrouve avec un coût réel de la dette qui augmente. De la même façon, le coût réel de la dette de l’Etat s’accroît en période de déflation puisque ses recettes s’amoindrissent du fait de la baisse des salaires réels (sur lesquels sont perçus une partie des impôts), de la consommation (sur laquelle repose la TVA) ou encore des bénéfices des entreprises (qui sont eux aussi soumis à des prélèvements obligatoires). Le mécanisme de déflation peut, dans ce cas, poser la question de la soutenabilité de la dette si la déflation se combine durablement avec la stagnation du PIB nominal, qui mesure les richesses produites sans tenir compte de l’inflation.

Face à ce constat, on peut s’interroger sur les moyens de lutter contre la déflation si elle introduit le cercle vicieux qui vient d’être décrit. Une solution radicale consiste à procéder selon une stratégie que Milton Friedman (économiste ultralibéral, prix Nobel en 1976) nomme « drop money from helicopters ». Cela suppose un investissement très important dans les infrastructures publiques ou une forte baisse des impôts financés par l’Etat, en s’assurant que la Banque Centrale achète les titres et obligations émis par l’Etat pour financer ces projets.

Depuis la sortie de crise, les pays de la zone Euro connaissent une situation de « lowflation » particulièrement compliquée en ce qu’elle se produit à un moment où les capacités productives sont sous-employées du fait d’une faible demande intérieure. Par ailleurs, il est impossible d’appliquer la solution de l’«hélicoptère monétaire » afin de sortir de l’ornière déflationniste puisque la Banque Centrale Européenne (BCE) ne peut financer directement le déficit public des Etats. Dans cette configuration, il semble y avoir deux perspectives : 1) créer une banque d’investissement européenne qui pourrait financer des projets d’investissements par le biais d’obligations achetées par la BCE. 2) redéfinir les règles de convergence en matière de déficit public en n’intégrant pas dans son calcul les dépenses d’investissement des Etats. Malgré la faiblesse de l’inflation européenne, aucune de ces perspectives ne semblent être retenues pour le moment. Faudra-t-il se retrouver au bord du gouffre inflationniste pour prendre des mesures de lutte contre la déflation ? Le manque de volonté politique des Etats européens et de la Commission Européenne ne se retournera probablement pas tant que la situation sociale et économique ne sera pas catastrophique…

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